Tir du cerf au brame : le très discret retour en forêt de Tronçais d’une pratique condamnée par l’immense majorité de ses usagers

Comme beaucoup d’entre vous, c’est tout à fait par hasard que nous avons appris la reprise possible de tirs de cerfs durant l’intégralité de la période de reproduction de l’espèce. Nous condamnons bien sûr ce retour en arrière inimaginable qui vient ternir l’image de notre forêt engagée par ailleurs dans une démarche dite « d’exception » en particulier dans les domaines du respect de la biodiversité et de l’accueil du public.

Nul ne pouvant en ignorer la dangerosité patente, nous nous interrogeons sur les motifs réels qui ont amené monsieur le Secrétaire Général de la préfecture de l’Allier à signer par délégation, en mai 2017, un arrêté autorisant de nouveau cette pratique sous licence préfectorale individuelle. Il est pour le moins surprenant qu’il ait pris pareille décision, pourtant abandonnée depuis 2013 suite à deux incidents qui avaient soulevé l’indignation générale en pays de Tronçais et qui auraient pu se terminer de manière tragique.

D’autant que cette mesure s’avère totalement inutile dans la régulation de la population de cervidés. Le tir de 3 ou 4 mâles à ce moment n’a aucune incidence sur sa maîtrise puisque 300 à 400 cervidés sont tués chaque année en dehors de cette période. Surtout que les cerfs tués de cette manière sont souvent les plus actifs au brame, ceux-là même que la nature avait choisi pour transmettre leurs gênes. Quel éleveur sensé enverrait ses meilleurs reproducteurs à l’abattoir avant qu’ils aient accompli leurs devoirs de géniteurs ?

Au moment où l’Office National des Forêts, les élus locaux, de nombreuses associations et acteurs locaux s’engagent dans une démarche de valorisation de Tronçais, « Forêt d’exception », cette image désastreuse de la chasse (pratiquée de la sorte au mépris de la biologie de l’espèce et de la sécurité de tous les usagers de la forêt) est de nature à jeter un sérieux discrédit sur tous les projets en cours et à venir. De quel droit peut-on, en domaine public, confiner des centaines de personnes dans un petit millier d’hectares d’une zone dite « de quiétude » (où elles ne sont même pas à l’abri d’une balle perdue !) en leur demandant de respecter la sérénité des lieux et permettre dans le même temps à un ou deux « chasseurs » de disposer librement des dix mille autres pour leur seul loisir ?

Une erreur devient une faute lorsqu’elle n’est pas corrigée, faute gravissime lorsque la vie d’hommes, de femmes ou d’enfants peut être mise en danger. Il est d’ailleurs étonnant qu’aucune information à ce sujet ne soit parue dans la presse. Nous serons donc particulièrement vigilants, nous continuerons à vous informer et nous n’hésiterons pas à saisir les autorités compétentes au plus haut niveau de l’Etat pour que pareille bévue ne se reproduise plus dans les années à venir. Nous comptons sur le soutien de tous pour que l’intérêt général et la transparence dictent enfin les actes à venir en Allier, pour qu’à l’instar d’autres départements, (comme le Cantal où le nombre de cervidés prélevés est beaucoup plus important alors que le terrain est autrement difficile), les chasseurs respectent enfin la période de reproduction. Parmi leurs bonnes pratiques, outre l’ouverture de la chasse des cervidés au 15 octobre, nous notons un comptage par corps au brame à grande échelle ouvert au public (chasseurs et non chasseurs). Une action de ce genre pourrait permettre à l’ensemble des usagers de partager leurs connaissances de la population et des territoires et, idéalement, d’ajuster les plans de chasse en fonction de la réalité des effectifs présents.


Vous trouverez en bas de page « Polémique en forêt de Tronçais: la face cachée du brame » paru dans l’hebdomadaire « La semaine de l’Allier » du jeudi 19 octobre 2017. 
Vous pouvez consulter en bas de page les témoignages concernant les « incidents » précédemment évoqués en 2012 et 2013.

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